L'âge d'or des tracteurs Renault : de la série D au Renault 145

Renault 421 ancien tracteur

Les tracteurs Renault occupent une place à part dans l'histoire de l'agriculture française. Nés d'un pays dévasté par deux guerres mondiales, ils ont accompagné la modernisation des campagnes pendant les Trente Glorieuses et équipé des centaines de milliers d'exploitations. C'est à partir de 1956, avec l'avènement de la série D, que les tracteurs Renault entrent véritablement dans leur âge d'or, une période qui s'étend jusqu'au début des années 1980.

 

Les origines : du char de guerre au tracteur de ferme

Renault construit son premier tracteur en 1919, à peine sorti de la Première Guerre mondiale. Le type GP est directement dérivé du char léger FT, c'est un tracteur à chenilles, lourd et peu maniable, conçu pour les grandes exploitations.

C'est en 1933 que Renault fait un premier bond technologique décisif : l'introduction des pneumatiques sur ses tracteurs, qui remplacent les roues métalliques et permettent enfin de travailler à des vitesses raisonnables sans abîmer les sols. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la production est interrompue par les bombardements alliés sur les usines. À la Libération, l'usine du Mans devient le nouveau centre exclusif de fabrication des tracteurs Renault.

 

1956 : la série D lance l'âge d'or

L'année 1956 marque un tournant décisif. Renault lance la série D : D16, D22, D30 et D35, qui va s'imposer comme la gamme de référence de la mécanisation agricole française.

Le D22 incarne parfaitement l'esprit de cette génération :

  • Moteur diesel MWM 2 cylindres de 22 ch, refroidi par air.
  • Couleur orange vif, immédiatement reconnaissable dans les champs.
  • Boîte 6 rapports avant.
  • Robustesse adaptée aux exploitations familiales des années 50-60.

Le D22 sera produit à 31 210 exemplaires, le tracteur Renault le plus vendu de son époque. La série D sera complétée par les séries E, N et Super, déclinant les mêmes bases mécaniques en différentes puissances.

 

Les moteurs MWM : le secret du succès technique

Un élément technique explique en grande partie la réputation de fiabilité des tracteurs Renault des années 50 à 60 : l'adoption des moteurs MWM (Motoren-Werke Mannheim), des diesels allemands réputés pour leur robustesse. Les premiers D22 et D35 équipés de ces moteurs sortent de l'usine du Mans dès février 1956. La collaboration Renault-MWM durera 45 ans, jusqu'à l'arrivée de la série Temis en 2000.

Cette association franco-allemande donne naissance à des tracteurs appréciés pour :

  • Une consommation de carburant maîtrisée.
  • Une fiabilité à toute épreuve dans les conditions des exploitations françaises.
  • Une facilité d'entretien accessible aux agriculteurs sans formation mécanique spécifique.

 

1963-1967 : la montée en puissance

La modernisation des exploitations réclame des tracteurs plus puissants. Les modèles clés de cette période :

  • 1960 : Série N (N70, N71, N72, N73, N31) : succède à la série D et élargit la gamme dans toutes les puissances, avec des versions étroites pour la viticulture. Le N72 (25 ch) remplace le D22 ; le N73 (20 ch) remplace le D16.
  • 1964 : Master 1 et Master 2 : les tracteurs les plus puissants de la marque, avec le Master 1 à 55-61 ch. En 1966, Renault lance les versions 4x4 du Master 1 et Master 2, une innovation majeure pour les exploitations en terrain difficile.
  • 1966 : Tracto-Control : Renault présente au SIMA son système de contrôle d'attelage hydraulique, qui détecte l'effort sur les barres de traction inférieures, contrairement au système Ferguson qui agit sur la bielle supérieure. Une avancée technique saluée par les professionnels.

 

1967-1972 : la grande gamme numérotée

En 1967, Renault restructure entièrement sa gamme et adopte une numérotation à deux chiffres.

  • R86, R88 (1967) : remplacent les Master, à partir de 51 ch.
  • R51, R53, R55, R56, R57, R58, R456 (1968) : remplacent la série Super, de 33 à 46 ch.
  • R50, R60, R70, R80 (1968) : gamme étroite pour vignes et vergers.
  • R92, R94, R96 (1969) : gamme haute puissance à partir de 77 ch.

Entre 1969 et 1973, Renault exporte exactement 6 193 tracteurs aux États-Unis sous la marque Allis-Chalmers, sur la base du Renault 56 ,dont 2 395 dès la première année.

 

1972-1980 : vers la puissance et le confort

Les années 1970 sont celles de l'industrialisation intensive. Les exploitations s'agrandissent, les outils s'alourdissent, les tracteurs doivent suivre.

  • 1972 : accord avec le constructeur italien Carraro Agritalia pour la fourniture de ponts avant 4x4, Renault n'en construisant pas lui-même.
  • 1973 : nouvelle gamme basse et moyenne issue de la coopération Renault-Carraro.
  • 1974 : gamme haute de 75 à 140 ch avec introduction du moteur turbo et de l'inverseur de marche dans la boîte de vitesses.

En 1981, l'arrivée de la cabine TX marque une nouvelle ère : confort amélioré, meilleur accès à la mécanique, isolation phonique renforcée. Elle restera présente sur la gamme Renault jusqu'au Témis en 2000.

 

La fin d'une ère : Claas reprend Renault Agriculture

Au début des années 1990, Renault Agriculture renouvelle massivement sa gamme avec les séries Ceres et Ares, mais le marché est trop concurrentiel et peu rentable pour le groupe Renault. En 2003, Claas rachète 51% de Renault Agriculture et 100% en 2008. Le constructeur allemand, jusque-là spécialiste des machines de récolte, acquiert ainsi une ligne complète de tracteurs et renforce sa position sur le marché agricole européen.

Les tracteurs Renault continuent d'être fabriqués sous la marque Claas dans l'usine du Mans jusqu'au milieu des années 2000, avant que la marque Renault Agriculture ne disparaisse définitivement.

 

Les modèles Renault les plus recherchés par les collectionneurs

Parmi les dizaines de modèles produits entre 1956 et 1990, certains concentrent aujourd'hui l'essentiel de l'intérêt des collectionneurs :

Modèle

Période

Pourquoi le rechercher

D22

1956-1960

Premier de la série D, livrée orange emblématique, 31 210 exemplaires produits

Super 5 / Super 7

1962-1965

Versions améliorées très appréciées, deux motorisations (Alfa Romeo ou Perkins) selon variante

Master 1

1964-1967

Premier Renault vraiment puissant (55-61 ch), disponible en 4x4 dès 1966

R56

1968-1972

Modèle très répandu, robuste, pièces encore disponibles

R94 / R96

1969-1972

Gamme haute prisée des collectionneurs, 77 à 96 ch

Renault 421 / 421M

1972-1985

Tracteur familial robuste et sobre, encore très courant sur les exploitations

Renault 1451-4

1974-1980

Haut de gamme des années 70, 230 exemplaires produits, l'un des Renault les plus rares

 

FAQ :

 

Quand a commencé l'âge d'or des tracteurs Renault ?

L'âge d'or commence en 1956 avec le lancement de la série D (D22, D30, D35) qui équipe massivement les fermes françaises pendant les Trente Glorieuses.

Où étaient fabriqués les tracteurs Renault ?

À partir de la Libération, tous les tracteurs Renault sont fabriqués dans l'usine du Mans (Sarthe), qui restera le site de production exclusif jusqu'au rachat par Claas en 2003.

Que sont devenus les tracteurs Renault après le rachat par Claas ?

Claas a racheté Renault Agriculture en 2003. Les tracteurs ont d'abord continué sous la marque Renault avant d'être progressivement rebadgés sous la marque Claas, puis produits sous les marques Claas Arion et Axion.

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